Laurent Helye est en dernière année de doctorat au laboratoire de recherche PTAC (Pratiques et théories de l’art contemporain) de l’Université Rennes 2. En parallèle de la thèse qu’il rédige sur le cinéma amateur, et plus particulièrement sur le film de famille, le trentenaire originaire de Bréhal collectionne caméras, pellicules et autres appareils de projection anciens. Nous l’avons rencontré dans le cadre de l’exposition « Un siècle de film amateur, récit d’une épopée audiovisuelle » qu’il présente jusqu’au 30 novembre 2019, à la médiathèque de Granville.

Laurent Helye est originaire de Bréhal.

Laurent Helye rendra sa soutenance sur le cinéma amateur en juin 2020.

Le spécialiste du film de famille possède environ 150 caméras, pellicules et appareils de projection anciens.

L’exposition présentée à la médiathèque de Granville jusqu’au 30 novembre 2019 est tirée de l’ouvrage « Un siècle de film amateur, récit d’une épopée audiovisuelle » que Laurent Helye a édité pour lui.

Café cinéma

Laurent Helye animera, avec Mathieu Cuq, référent de l’espace musique et cinéma de la médiathèque, un café cinéma spécial cinéma amateur samedi 16 novembre 2019, à 15h, dans l’auditorium de la médiathèque de Granville. Le rendez-vous est gratuit. Informations et inscriptions (fortement conseillées) au 02 33 50 32 82.

Comment est née votre passion pour les caméras, pellicules et appareils de projection anciens ?

Lorsque j’étais en licence, ma mère m’a demandé de transformer numériquement les bobines de mon grand-père datant des années 50. C’est à ce moment-là que j’ai manipulé pour la première fois ces objets qui ne m’étaient pas inconnus puisque je les voyais depuis tout petit.

Quand vous êtes-vous vraiment mis à les collectionner ?

Pendant mon année de master. Après, j’ai toujours été sensible aux vieux objets, aux archives… Mon père m’emmenait dans les brocantes.

Comment vous êtes-vous spécialisé dans le cinéma amateur ?

Il fallait que je trouve une spécialisation pour mon mémoire de master et en faisant des recherches, je me suis rendu compte que peu de personnes s’étaient penchées sur le cinéma familial. Je me suis dit pourquoi pas…

Quelle particularité a ce cinéma ?

Le film de famille est une catégorie du film du souvenir. C’est le cinéma de la quotidienneté. On remarque qu’en général, c’est le père de famille qui filme car il est absent des pellicules.

Comment évolue la captation visuelle amateur ?

Elle évolue en trois temps. Des années 1910 aux années 1970-1980, il y a la pellicule argentique. Il y a d’abord la 9,5 mm, puis la 16 mm, la 8 mm, et, enfin, la Super 8. Les caméras sont de plus en plus accessibles. Les années 70-80 marquent l’arrivée des bandes magnétiques. Les firmes japonaises JVC et Sony reprennent le marché et fabriquent des caméras reliées à des boîtiers dans lesquelles il y a des cassettes VHS. En 1983, Sony révolutionne le cinéma en inventant le caméscope, qui n’est autre qu’une caméra avec un magnétoscope. Celle-ci, la Betamovie, fonctionne avec des cassettes Betamax. En parallèle, sa concurrente JVC développe les cassettes VHS. Si JVC est en avance sur les idées, c’est JVC qui remporte tout commercialement. Le numérique rend tout ça obsolète lorsqu’il arrive à la fin des années 90. La Mini DV, qui utilise une bande magnétique pouvant être transférée numériquement, rencontre un succès énorme dans les années 2000. Il y a ensuite l’invention de la carte SD (Secure Digital) en 2000, du DVD en 2001, du premier téléphone portable – un Samsung – avec caméra intégrée en 2003…

Les pratiques ont-elles changé au fil du temps ?

La famille évolue. Elle est de moins en moins patriarcale. Le son, lorsqu’il arrive, modifie les pratiques. Et puis il y a l’arrivée de l’individualisme… Les écrans des caméras vont tourner à 180°. Le développement des cartes mini SD et micro SD de SanDisk permettent aux téléphones portables d’enregistrer des tas d’heures… Alors que dans les années 20-30, on canalise une mémoire familiale, dans les années 2000, on met sa vie en scène et on ne la partage plus seulement en intimité. La première vidéo qui est postée sur YouTube en 2005 est amateur. On y voit quelqu’un qui se filme lui et commente l’image.

Que souhaitez-vous montrer avec l’exposition « Un siècle de film amateur, récit d’une épopée audiovisuelle » ?

J’essaie de faire prendre conscience que la captation en mouvement ne s’est pas faite en un jour.

Retrouvez le reste de la programmation du mois de novembre de la médiathèque ici et sur sa page Facebook.