Thomas Jouanneau

J’ai débuté ma carrière de photographe dans les agences de presse, où je courais l’actualité nationale et internationale ce qui me mènera jusqu’en Antarctique puis je me suis installé ensuite en Normandie, près de Granville où j’ai développé des projets photos sur ce territoire qui me passionne. Ainsi, je partirai à la rencontre des habitants du village dans lequel je me suis installé, puis des centenaires de la Manche, ou encore de la vie d’un quartier d’Avranches. Je m’intéresserai aux jeunes dans les métiers du cheval, suivrai les traces de l’ex frontière entre haute et basse Normandie : des reportages qui feront l’objet d’expositions photographiques. En 2010, j’ai créé à Granville, les rencontres de la photographie normande : « les Cabines Photographiques » et en 2015, j’ai publié « Mont-Saint-Michel, la promesse d’une île » aux éditions du Cherche-Midi, qui raconte les grands travaux de désensablement. Aujourd’hui, je présente mes photographies issues du livre « Chausey, mémoires d’îliens » publié aux éditions Orep.

Comment vous-êtes vous professionnalisé dans la photographie ?

Cette année, je viens de fêter mes 20 ans de métier ! Même si donner une date de commencement n’est pas évident quand je regarde mon parcours, je suis un autodidacte et mes débuts ont été difficiles et incertains, il a fallu s’accrocher. C’est une formation courte à l’Emi-Cfd à Paris qui m’a vraiment mis le pied à l’étrier et permis d’accéder aux mythiques agences de presse comme Sygma ou je suis entré comme reporter.

Qui sont le ou les photographes qui vous inspirent ?

J’ai avant tout été influencé par une forme de photographie en particulier : le reportage. Et avec cela l’imagerie autour du reporter et de la vie du reporter : l’aventure, les voyages, la liberté…

Quel style de photo vous caractérise le mieux ?

C’est la photographie de reportage qui me caractérise, c’est à dire une photographie qui raconte une histoire, un événement, un lieu ou une personne. Je ne suis donc pas un artiste mais un artisan, car ce n’est pas la création qui m’anime mais le récit…

Quel est votre plus beau souvenir photographique ?

Dans la plupart de mes reportages, il y a toujours un moment, une photo, une rencontre, un lieu, qui reste. Mais un reportage à réuni tout cela : ce sont les 3 mois que j’ai passé en Antarctique, sur les bases polaires à la rencontre des scientifiques, des techniciens et de ce continent extrême. J’ai choisi ce métier pour vivre cela !

Au niveau technique, comment travaillez-vous ? De la prise de vue au post traitement ?

La technique photographique ne m’a jamais intéressée, bien sûr il faut passer par son apprentissage, et maitriser presque instinctivement son boîtier, mais finalement c’est la partie la plus simple. L’important c’est de « faire son oeil » au contact de grands photographes et de grandes photographies, et ensuite, réussir ce difficile équilibre entre l’esthétisme, l’instant décisif et le sens de l’image…

PROJET PHOTOGRAPHIQUE & PLEIN FORMAT

Pouvez-vous nous expliquer votre projet photographique ?

Cette série de portraits est issue d’un projet réalisé avec l’auteure biographe Élisabeth Nodinot : Chausey, mémoires d’îliens. Elle a collecté les récits de vie des Chausiais qui ont vécu sur l’archipel, fréquenté l’école, la chapelle, le commerce, ceux qui y ont tiré leur revenu de la terre ou de la mer, afin de conserver la mémoire de cette communauté en pleine mutation. Mon travail photographique enrichit le récit de vie des îliens mené par le travail d’Elisabeth, notamment souligné par de nombreux témoignages. Le résultat photographique prend la forme d’un portrait posé en situation, dans un contexte, un site, en résonance avec l’histoire du témoin.

Qu’est-ce qui vous lie aujourd’hui à Granville ?

Aujourd’hui, c’est un peu ma ville d’adoption ! J’aime beaucoup Granville, sa diversité géographique : la Haute Ville, le Plat Gousset, le Hérel au Val-ès-Fleurs, se sont des paysages superbes à quelques encablures les uns des autres. Granville a pour moi la taille parfaite d’une ville, il y a tout à porter de jambe, et puis j’aime l’identité Granvillaise, sa culture, issue de son histoire, du passé de ceux qui y vivent et y travaillent aujourd’hui. Ici, j’ai fait de belles recontres.

PROJETS FUTURS

Quelle est votre actualité photographique ?

La sortie du livre Chausey, mémoires d’îliens aux éditions Orep à la fin de ce mois de Juin.

Où peut-on voir votre travail ?

Sur mon site : thomasjouanneau.com

  • Du 18 juin au 28 septembre à Granville dans le cadre de l’exposition photographique plein format
  • Du 4 juillet au 15 septembre à Chausey, dans les douves du fort (partie publique)

Pour finir, parlez-nous d’une photo qui vous a marquée ?

Immédiatement je répondrai : la plus célèbre photo de Robert Capa : celle qu’il a réalisé sur Omaha Beach lors du débarquement. Elle porte en elle tous les critères qui m’ont fait devenir photographe. Le gars est au cœur de la grande histoire, il débarque armé de son seul appareil photo juste pour témoigner, et pour l’aventure aussi… La photo de ce soldat couché dans quelques centimètres d’eau prêt à lancer l’assaut raconte tout : la peur de l’homme dans son regard, l’action, par le flou de l’image. C’est une photo vivante, on est dedans, avec lui. Et puis c’est un morceau de notre histoire Normande, c’est ici, et c’était hier…